Essai: Lotus Evora 2012 - Par Jean-Samuel Guay

Essais

«Evora» est un mot portugais qui signifie : Voiture légère du feu de Dieu. Bon, n’allez pas vérifier la définition vous-même, j’ai un dictionnaire Portugais-Français bien spécial. N’empêche que, Colin Chapman, le fondateur de Lotus, est un génie. Light is right, le slogan de la marque, n’est pas une rime que Shakespeare aurait daigné utiliser dû à sa trop grande simplicité, mais cela demeure au somme toute un gage de réussite au point de vue performances et plaisir. Malgré le fait qu’elle n’est pas aussi lourde que ses petites sœurs et que ses concurrentes ne sont pas très éloignées d’elle à ce niveau, l’Evora est quand même équipée en championne de course pour son poids.

Tandis que nous observons certains constructeurs multiplier les turbos et augmenter les chevaux-vapeurs pour gagner le concours de celui qui a le plus gros, au contraire chez Lotus, on fait plutôt de l’enlevage. La formule est quand même brillante, en utilisant un châssis en aluminium riveté super rigide et une carrosserie en matériaux composites qui donnent une stabilité magique à la voiture. Le moteur est placé devant les essieux arrière, donc au centre, la suspension est dérivée de la course automobile et avec pleins d’autres arguments comme ceux-ci , nous obtenons une voiture qui fait peur à l’asphalte lorsqu’elle arrive dessus.

Elle a de sacrées belles lignes cette voiture. Toutes les formes sont prononcées pour lui donner l’aspect d’un kriss. Un kriss dites-vous ? Il s’agit d’une dague ondulée qui est peu encombrante mais extrêmement efficace ! N’est-ce pas là une définition parfaite de l’Evora ? Oui, de la culture et des voitures. Le moteur positionné à l’arrière lui permet d’avoir un devant plongeant qui ne semble pas menaçant mais quand même espiègle. Et que dire des petites foufounes remontées qui me charmeront toujours. Elles sauront me faire oublier que je n’ai pas les moyens de me la payer lorsque je signerai les papiers d’acquisition dans un futur le plus rapproché possible.

L’intérieur est fournit en cuir riche qui confère un mélange entre luxe et sportivité grâce à une répartition simple et des matériaux de bonne qualité. Chaque commande semble enclencher un mécanisme pour faire avancer la voiture plus rapidement. Les baquets Recaro et le volant y sont pour beaucoup aussi. D’ailleurs, je ne comprendrai jamais les constructeurs qui se permettent d’intégrer des sièges inconfortables et des volants en plastique dans leurs véhicules. Même s’il y a une boule disco dans l’habitacle, il sera difficile de se départir du désagréable sentiment d’être mal assis et d’avoir une mauvaise prise en main. Quoique je ne crois pas qu’il y ait de voiture de la sorte avec un prix débutant à 75 500$. Parler du manque d’espace intérieur serait de mauvais goût car de toute évidence, il n’y en a pas ! En fait il y en a plus que dans les Elise et les Exige de ce monde. Mais en terme d’espace, ils ne sont pas de très bon exemples, c’est comme de comparer notre consommation d’alcool avec un itinérant. Quand même, beaux efforts en optant pour la configuration 2+2 qui vous permettra de voyager avec votre compagne et vos enfants s’ils n’ont pas de jambes. Disons qu’il y a beaucoup d’espace pour un sac de sport.

Mue par le moteur V6 de 3,5L que l’on retrouve entre autres dans la Camry, celui-ci demeure étonnamment plus véloce que dans cette dernière. Les freins sont d’une franchise agréable, ils ne sont pas secs, ils sont directs. La suspension à double triangulations est, comme dit précédemment, dérivée de la compétition automobile. Additionnée aux ressorts Einbach et aux amortisseurs Bilstein, qui sont des compagnies conçues pour les enthousiastes de ce monde. Et surtout, n’allez pas acheter cette voiture avec une boîte de vitesse automatique, tant qu’à y être, prenez une Toyota Camry V6. La version manuelle est sportive et agréablement bien fabriquée. Je vous dis cela car il est possible de concevoir des véhicules sportif avec des boîtes de vitesses complètement désagréables. En accélérant, on ne se sent pas écraser dans le siège jusqu’à ce que l’on prenne le premier virage. En fait c’est le virage qui nous prend. Tout comme un petit kriss, l’Evora vous donnera l’impression que chaque courbe vous nargue de la prendre plus rapidement. Oubliez les médicaments si vous souffrez de dépression, achetez une Lotus et allez défier ces courbes comme un toréador et son taureau, comme un avion à hélice et son King Kong, comme un amphithéâtre et son Régis Labaume, allez-y défiez ! Les lois de la gravités ne seront plus les mêmes et vos dents s’assécheront tant vous sourirez à son bord.

En dormant dans ma voiture, en ne mangeant que du riz et en travaillant 90 heures par semaine, je pourrai me payer une Lotus Evora d’ici 4 ans ! Il s’agit d’un sacrifice qui au final, en vaudra la peine. Idiot me direz-vous ? Romantique vous répondrai-je. Car j’irai sous la fenêtre de l’Evora et lorsqu’elle se présentera à son balcon en petite tenue, je lui dirai :«Light is right».

Jean-Samuel Guay
Chroniqueur Automobile
Babu, Marcotte & Associés